dessins et nouvelles dessins à l'encre musique seventies
Par maxence thuly

Laissant l’air pollué de Sao Paulo , le petit Beechcraft perce les brumes de Bahia pour atterrir à Dois de Julho , petit aérodrome beaucoup plus tranquille .
Une fois à terre , j’ai tout le temps devant moi , il est 13 heures et j’ai rendez vous pour la messe de minuit avec Jao qui doit me vendre un lot très intéressant de rubellites provenant d’une mine perdue maintenant à nouveau exploitée par ses soins . Drôle d’idée tout de même , un rendez-vous dans l’église Sao Francisco , construite par les esclaves, surtout pour la messe de minuit , la veille de Noël .
Pas de taxis en attente , dans ce petit aérodrome , au bout d’un boulevard bordé de magnolias , j’aperçois un arrêt de bus .
Quelques autochtones à l’allure colorée attendent eux aussi , quelques minutes après , il démarre en trombe après nous avoir enfournés , la tête du chauffeur me dit quelques chose , j’ai l’impression de l’avoir déjà vu , mais où ?
Nous traversons maintenant la banlieue industrieuse de Salvador , des adolescents , pas encore sponsorisés par Nike jouent au foot pieds nus sur l’asphalte et font des shoots « canons » entre deux bidons disposés comme des buts au milieu d’un parking .
Après un carrefour nommé Bonocô , le chauffeur du bus se met à accélérer comme un forcené , vitesses passées à la volée , virage en dérapage ou pris sur trois roues , derrière nous , un bus jumeau nous poursuit tous phares allumés et klaxonnant dés qu’il nous suce la roue , pas de doute , ils font la course . Heureusement , le terminus se trouve sur la place campo grande et après un dérapage contrôlé , le bus s’immobilise et nous rejette dans la rue , en descendant , le chauffeur est tout sourire , ca y est , j’ai trouvé , il ressemble à Emerson Fittipaldi , son cousin peut-être ?
Les pavés de la via angélica sont brûlants à cause du soleil , je me demande comment les capéoristes qui mènent une roda sur chaque petite place font pour ne pas se brûler les pieds .
Me voilà quand même sur la place centrale du Pelourhino , je descends par l’ascenseur jusqu’au port , avec vue panoramique sur la baie de tous
les saints , devant le seul cargo amarré au large , je le dédierai bien à
St Ferraille si il existe..
Sur le port , tous les passants sentent la fête , les filles ondulent sur une samba jouée dans leur fond intérieur , la rythmique étant assuré par les joueurs de berimbau* de chaque trottoir .
C’est l’heure , l’horloge brésilienne a remplacé minuit par vingt heures , il faut profiter après, de la samba profitant de la longueur du jour .
La foule a déjà envahi presque toute la cathédrale , j’ai rendez devant
l’autel dédié à Ignace de Loyola* , de l’endroit où je me trouve , je vois miroiter toutes les dorures entourant Saint Antoine et l’enfant qu’il a sauvé .
La messe est maintenant bien entamée et toujours pas de Jao , le prêtre lève l’hostie pour la consécration , derrière lui , je vois tomber du sang du pied du christ , croyant difficilement au miracle , même de la passion du christ , je lève les yeux sur le christ entier et je reconnais distinctement le corps de Jao , crucifié à la place de l’imposant christ du choeur de la cathédrale .
Mon sang ne fait qu’un tour et je me glisse derrière l’autel , et sur le socle du crucifix est fixé une pancarte où on peut lire « Voici le châtiment de celui qui a réveillé les Lwa Gédé * dans leur cache de la mine Ti Djo ..
J’ai envie de vomir et je sort rapidement de la cathédrale pour m’asseoir à la terrasse du Bomfil , restaurant au poids , en face de la cathédrale , et je susurre au serveur : deux capeirhinas* bien tassées s’il vous plaît ...
Petit Lexique:
Candomblé : version brésilienne du vaudou
berimbau :instrument de musique typique au brésil
Ignace de Loyola:fondateur de l’ordre jésuite
Lwa Gédé : esprits de la mort vaudous
Capeirhina: cocktail brésilien à base d’alcool de canne à sucre et de citron vert
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