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Qu'il était vert mon Vercors



QU'IL ETAIT VERT,MON VERCORS....

Je n'aurais jamais pensé devoir soigner des blessés dans un abri naturel,

mais cette fois-ci le cours des événements nous a fait investir la grotte de la Luire.

Aprés l'attaque du plateau et surtout le massacre de Vassieux,j'ai du évacuer l'hopital de St Martin en Vercors et son annexe de Tourtres.

Les allemands ayant occupé Die et son hopital,le transfert de tous mes blessés devenu impossible ,nous voici à l'abri dans cette grotte.

Nous c'est à dire ma femme,mon fils mes collaborateurs Alain Fisher et Pierre Ullmann

enfin mes huits infirmiéres et surtout  vingt cinq blessés dont le Reverend de Montcheuil

souvent trés utile depuis le début de l'attaque  allemande de la mi juillet.

Nous sommes là depuis 2 jours et soulager tous mes blessés devient de plus en plus difficile.

Je n'ai plus que 10 ampoules de morphine et il n'est plus possible de déplacer quiconque,j'ai du laisser les grands blessés sur leur civiére.

Que pouvons nous attendre ,depuis  la proclamation de la République le 1er Juin,

les allemands ne plaisantent plus du tout ,pour preuve les cadavres de partisans

émasculés que nous avons pu  voir sur la place de St  Julien..

Ce que confirment nos  quatre prisonniers allemands,en fait polonais,que nous avons

du soigner aprés l'accrochage de Montclus,ceux ci insistent pour partir depuis

hier,craignant d'être tués par leurs collégues à l'attaque de notre hopital.

En dehors du calcaire du vercors,notre seule protection est un grand drapeau de la

Croix rouge déployé sur la paroi de la caverne .

Devant cette menace,je conseille aux blessés legers de quitter la grotte pour se disperser

dans les bois.Le lendemain matin,un avion d'observation survola  lentement l'entrée

de la  grotte et lança une fusée rouge.

Quelques secondes plus tard les soldats de la Wehrmacht surgirent de chacun des

rochers entourant la grotte.Fusils en mains,ils etaient arrivés sans que nous n'ayons

entendu quoique ce soit. Il y eut un  léger flottement à ce moment,ces soldats s'attendaientsans doute à une riposte,riposte d'autant plus impensable que nous n'étions pas armés.  Profitant de cet instant de silence,deux de nos blessés en voie de guérison,réussirent à  quitter la grotte par une cheminée située au dessus de l’entrée . Puis soudain ce fut le signal,par un coup de sifflet donné par leur chef,les soldats s'avançérent très lentement.Réagissant subitement les quatres prisonniers se mirent à crier en allemand:

"Nicht schiessen ! nicht schiessen ! hier est ein krankenhaus !..sie haben uns gepflegt."( ne tirez pas! ne tirez pas!c'est un hopital! ils nous ont soignés!)L'adjudant SS commandant le détachement de chasseurs alpins autrichiens qui etait accompagné d'un jeune français agé d'une douzaine d'années s'approcha alors d'eux et arracha sans ménagement leurs pansements pour vérifier leurs dires et  qu'ils n'étaient pas des déserteurs.Aprés  avoir écarté les prisonniers,il demanda dans un français impeccable:"Ou sont les patrons,je veux les responsables."Je m'avance alors avec Fischer et Ulmann et il me dit :vous êtes nos prisonniers.Il fait aligner tous les valides et le personnel soignant visage contre la paroi pour pouvoir nous fouiller.L'adjudant SS prit le jeune garçon par le bras,le félicita de ses renseignements et pour le  remercier et lui demanda de choisir ce qu'il voulait.Comme récompense de sa trahison,le jeune garçon prit un panier d'oeufs et partit librement..
Quelle dérision,vendus pour un panier d'oeufs et sauvés pour l'instant par  nos prisonniers allemands,la guerre révélerait elle seulement la bêtise de l'homme?

Les allemands nous divisérent alors en  deux groupes:les blessés non valides d'un coté ,

les blessés valides et tout le personnel soignant de l'autre.

Les blessés restérent à la grotte sous la garde d'une infirmiére :Lulu  Jouve et

d'une partie du détachement.

Sous la menace,nous primes le chemin du col du Rousset,la route vers le col

est assez pentue aussi les "fiers et farouches" soldats durent pousser les blessés

à marcher plus vite en les molestant et en les brutalisant.

En arrivant au village de Rousset,l'un de nos blessés,Abdesselem Ben Ahmed ,las

d'être maltraité lança  "Sale Boche" à l'un de ces bourreaux ,il fut rapidement assommé
à
coup de crosse puis achevé au bord de la route.

Arrivé au Col,nous fumes tous enfermés dans un hangar faisant office de

prison .

J'espére que ma femme et mon fils qui se sont éclipsés de la grotte  avant l'attaque ont pu

s'échapper du plateau.De notre part,que peut-on attendre de ces bourreaux?

incapables de la moindre pitié,devant la souffrance d'un blessé.

Quelque soit le résultat,je garderai la fierté de n'avoir pas cédé à tous ces

barbares.

Aprés une nuit difficile au milieu des plaintes,le soleil naissant nous fait

redécouvrir les crêtes du plateau de Beurre et surtout le sourire agressif du

gardien qui nous invite à sortir de notre prison.

Dehors,les allemands recommencent leur jeu de la veille,tous les blessés

valides sont regroupés d'un coté,de l'autre le personnel médical et le

lieutenant américain Chester,l'un des instructeurs parachuté l'année

dernière.

Un peu à l'ecart du groupe,je remarque Pierre Ulmann soutenu par Renée

Malossane,il a le visage tuméfié,peut-être un interrogatoire musclé?

Aprés une heure d'attente,vers  huit heures,un camion vient nous

chercher,nous sommes treize à prendre place dans celui-ci et je ne peux

que me poser la question:chance ou malchance?

Nous prenons la route de Grenoble ,nous traversons l'Isére par le pont de

Seyssins ,direction la préfecture,maintenant siége de Gestapo,donc malchance.

Sur place,encadré chacun d'un "sympathique" soldat,nous attendons sur un

banc,cette préfecture n'a pas beaucoup changé depuis et je me revois en 1915,alors

interne à l'hopital,venir chercher tous les soirs Odette ,alors sécrétaire ici même.

Mon départ pour Lyon  avait mis fin à notre histoire,en m'apportant beaucoup de

regrets et ses cheveux blonds ont longtemps fait rêver mes nuits..

La poigne de mon voisin sur mon epaule chasse mes souvenirs et me

voilà devant un chignon grisonnant penché sur ses livres,une voix séche

s'adresse à moi:nom,prénom,date de naissance!,devant tant de fermeté ma

réponse fut instantanée:Ganiméde François né le 27janvier 1893 à Romans,Drome.

Le chignon se reléve et je vois apparaitre le regard d'Odette ,un regard surpris et

inquiet ,à cause de la surprise j'ai beaucoup de mal à répondre aux questions suivantes.

Devant mon embarras,Odette me demande:ça ne va pas?je voudrais aller aux toilettes,
lui
dis je ,la troisiéme porte à droite me dit-elle,mon garde m'emméne jusqu'à la porte,

attendant dans le couloir,devant moi un couloir,trois escaliers une deuxiéme porte.

Je l'ouvre,et le soleil me fait cligner de l'oeil,je crois que c'etait la chance,je m'empresse

de remonter la ruelle où j'attendai Odette  en priant que l'on n'accusera pas Odette
d'avoir
préalablement ouvert.

                                                         F G  Medecin Chef duMaquis du Vercors

                                                                                  le 28 Juillet 1944

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